L’ASAMIS a relevé un défaut patent de gouvernance de MBWS à la dernière assemblée générale et regrette que l’attitude conflictuelle de la direction incite l’ASAMIS à poursuivre ses recours en justice. L’ASAMIS fait également le point sur les procédures engagées et les évolutions récentes de la distribution, en particulier le déréférencement de la marque William Peel.
1. Défaut de gouvernance constaté lors de l’AG du 26 juin 2025
1.1 Refus de représentativité d’un groupe d’actionnaires représentant plus de 10 % du capital
Le concert MBWS détenant plus de 10% du capital, a présenté trois candidats au Conseil d’administration, dont un remplissait tous les critères d’indépendance. Il aurait pu valablement remplacer M. Guillaume de Belair, administrateur soi-disant indépendant depuis dix ans.
Les deux autres candidats présentaient des compétences reconnues. Leur nomination aurait permis de corriger un déséquilibre manifeste, puisque l’actionnaire Diana Holding qui ne représente pas plus de 3,52 % du capital conserve néanmoins une représentation importante au Conseil (deux sièges au Conseil d’Administration). MBWS et la COFEPP craignent-ils la nomination d’administrateurs provenant du Concert ? L’équipe dirigeante de MBWS a-t-elle des choses à cacher aux membres du Concert ?
Nous notons par ailleurs qu’un des sièges du Conseil d’Administration est resté vide toute l’année 2024, le taux de présence de l’un des deux administrateurs de Diana Holding étant de 0% ! Nous appelons à la démission de cet administrateur que la Société s’efforce de couvrir plutôt que de publier en transparence son taux de présence individualisé. A ce sujet, le 2 mai 2024, M. de Beauvillé, Président du Conseil d’Administration de la Société, s’était engagé vis-à-vis du Concert à publier le taux de présence individualisé des administrateurs. Comme il est décevant que M. de Beauvillé, President du Conseil d’Administration, également membre du Tribunal de Commerce de Melun, ne respecte pas ses engagements écrits :
«Conformément à la loi, la société a fait le choix de donner un taux de présence global de ses administrateurs et non un taux de présence individualisé. En 2023, ce taux de présence a été en moyenne de 90%. En 2022, le taux de présence moyen a été de 91%. Conformément à votre suggestion, nous vous annonçons qu'à compter de l'exercice en cours, il sera rapporté le taux de présence individualisé des administrateurs aux séances du conseil»
Depuis l’entrée de la COFEPP au capital en 2015, les droits des minoritaires ont été fragilisés, en particulier en matière d’OPA, avec deux dérogations validées dans des conditions explicitées par l’Autorité de la concurrence dans sa décision n°22-D-10 du 12 avril 2022.
1.2 Refus injustifié de distribution de dividendes
Malgré une trésorerie excédant 50 M€ et une situation financière assainie, la proposition de distribuer un dividende minime de 0,04 € par action a été rejetée. L’augmentation de capital de 2021, jugée destructrice de valeur pour les petits porteurs, a pourtant permis à COFEPP de réaliser une plus-value de 18 M€, soit plus que l’ensemble des apports des actionnaires minoritaires (17 M€).
Malgré leur fidélité depuis 15 ans, les actionnaires minoritaires ne se voient accorder aucun retour financier légitime sur leur soutien passé. La direction de MBWS n’a pas apporté d’argument convaincant pour refuser ce dividende.
2. Point sur les actions contentieuses en cours
2.1 Procédure visant les interconnexions entre un forumeur de Boursorama et la direction de MBWS/COFEPP
Le tribunal, sur la base de l’article 145 du Code de procédure civile, a donné raison au concert MBWS en ordonnant la levée de l’anonymat du pseudo M108. Cela ouvre la voie à de nouvelles investigations pour établir définitivement d’éventuelles proximités entre le profil dont l’identité a été révélée et certains dirigeants mandataires sociaux de MBWS ou du groupe COFEPP.
2.2 Procédure pour défaut d’information sur les relations MBWS/COFEPP
Bien que le juge des référés ait finalement rejeté la requête d’expertise de gestion, cette procédure a contraint MBWS à communiquer certains éléments sur les conventions commerciales et les liens entre MBWS et COFEPP. Ce processus fut laborieux, avec de nombreuses manœuvres dilatoires de la part de MBWS et ses conseils.
Fait marquant : M. Jean-Pierre Cayard, président de COFEPP, a pris l’initiative de divulguer des éléments confidentiels issus d’une réunion tenue le 7 janvier avec le président de l’ASAMIS. Cela montre que l’importance des questions soulevées justifie, y compris aux yeux de COFEPP, une plus grande transparence.
L’ASAMIS, convaincue de la pertinence de ses demandes initiales, maintient sa volonté d’agir au fond et relève que MBWS et COFEPP ont été déboutées de leurs demandes indemnitaires pour procédure abusive.
3. Le point sur l’évolution de la distribution de William Peel : un retrait qui interroge
Le retrait de William Peel, marque emblématique distribuée par MBWS, des rayons de la centrale d’achat AURA (Mousquetaires + Auchan) en novembre 2024 soulève légitimement des inquiétudes. Ce retrait est intervenu dans un contexte de négociation commerciale difficile, sans que la direction de MBWS ni la maison mère COFEPP ne semblent avoir activement cherché à en éviter l’issue.
Dans le même temps, les marques Label 5 (groupe Bardinet) et Sir Edward’s (groupe La Martiniquaise), toutes deux également détenues à 100 % par COFEPP, ont conservé leur référencement et occupé l’espace linéaire auparavant dévolu à William Peel. Plusieurs actionnaires ont constaté, dans différents magasins, une mise en avant accrue de ces deux marques concurrentes, parfois au détriment évident de la visibilité de William Peel, voire de sa présence tout court.
Il apparaît cohérent que le groupe COFEPP ait cherché à préserver ses parts de marché en renforçant la visibilité de ses autres marques phares – Label 5 et Sir Edward’s – au détriment de William Peel.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que William Peel constitue un actif stratégique de MBWS, historiquement leader du segment des whiskys en GMS. La perte de référencement dans un réseau majeur affaiblit sa position sur le marché. Elle fait également courir le risque d’un transfert de chiffre d’affaires et de marge de MBWS vers les filiales détenues en intégralité par COFEPP — un scénario économiquement favorable pour cette dernière mais préjudiciable pour MBWS et ses actionnaires minoritaires.
Par ailleurs, dès 2015, Jean Noël Reynaud, alors directeur général de MBWS, déclarait lors d’un entretien avec LSA Conso :
« En France, il n’y aura pas de synergie commerciale… MBWS et La Martiniquaise sont de sérieux concurrents sur deux énormes catégories des spiritueux : le whisky – le premier avec William Peel, le second avec Label 5 et Glen Turner… »
Le positionnement clair du directeur général de MBWS établissait une concurrence de fait entre les marques MBWS et celles de La Martiniquaise. Dès lors, le retrait de William Peel, combiné à la montée en puissance visible de ses substituts intragroupe, ne peut être interprété comme un simple incident commercial.
Ce risque a d’ailleurs été identifié dès 2019 par l’Autorité de la concurrence, dans sa décision n° 19-DCC-36 du 28 février 2019. Aux paragraphes 194 et 195, l’Autorité soulignait qu’une stratégie d’augmentation de prix des marques MBWS pourrait entraîner un report de consommation vers les marques concurrentes de COFEPP, telles que Label 5 ou Sir Edward’s, avec un gain net pour COFEPP et une perte partagée pour MBWS. À l’époque déjà, cette configuration était identifiée comme un risque théorique. Les faits d’aujourd’hui semblent en illustrer la réalisation concrète.
Dans ce contexte, le retrait de William Peel, suivi de la progression visible de ses substituts de marques détenues par le groupe COFEPP en rayons, ne peut être analysé que comme un signal d’alerte stratégique, susceptible de refléter un arbitrage structurel fait au détriment de MBWS. Une telle logique, si elle devait se confirmer, poserait la question d’un conflit d’intérêts économique majeur au sein du groupe, et d’un risque de destruction de valeur directe pour les actionnaires minoritaires.
4. L’ASAMIS reste vigilante mais ouverte au dialogue
L’ASAMIS reste mobilisée pour faire valoir les droits des actionnaires minoritaires de MBWS. Si les faits observés sont graves et appellent à la vigilance, l’association réaffirme sa préférence pour le dialogue et la transparence. Elle poursuivra les voies de recours juridiques si nécessaire, mais continue d’espérer un échange constructif avec la direction de MBWS et les représentants de COFEPP, dans l’intérêt de toutes les parties prenantes.
Merci de votre soutien à l’ASAMIS et au concert MBWS. Vos dons, même modestes, contribuent au fonctionnement de l’association.